Biographie d’Hervé Cras

Documentation établie par son fils Xavier Cras avec l’aide de son neveu Alban Cras, faisant la synthèse de différents sites Internet, dont pour l’essentiel :

Site généalogique de la Base collaborative Pierfit

Site généalogique d’Alain Garric

Fiche Wikipedia

Les informations ainsi collectées ont été complétées, voire corrigées, en fonction de documents détenus par la famille ou de souvenirs personnels.

Biographie

Hervé Cras, également connu sous les pseudonymes de Jacques Mordal et Pierre Mardyck, est né à Evreux le 7 août 1910 et mort à Saint-Mandé (94) le 2 novembre 1980. 

Les Bretons et la famille prononcent le « s » de Cras, mot breton orthographié également Kras (dictionnaire Favreau) signifiant sec, croustillant (le pain : bara cras), fauché (les blés)…  

Fils du médecin général Charles Cras et neveu du contre-amiral Jean Cras (compositeur de musique et inventeur de la règle de navigation qui porte ce nom), Hervé Cras entre à l’Ecole de Santé Navale de Bordeaux le 25 octobre 1928, dont il sort en décembre 1933 médecin de 2e classe. 

Il effectue 6 mois d’école d’application à Toulon en 1933, puis y sert sur le cuirassé La Lorraine et sur les avisos Quentin-Roosevelt et Ailette.

Il est nommé à Cherbourg en octobre 1935 où il sert en tant que médecin de 1ère classe (équivalant au grade de capitaine de corvette) sur les contre-torpilleurs L’Audacieux et Le Terrible

Réaffecté à Brest en juin 1939, il sert sur les bâtiments de ligne Dunkerque et Strasbourg

En avril 1940, il est médecin sur le contre-torpilleur Jaguar.

Le 21 mai1 le Jaguar quitte Brest pour une « mission urgente » et fait escale à Cherbourg pour en découvrir la raison : porter secours aux troupes franco-britanniques encerclées à Dunkerque. Parti le 22, le Jaguar est d’abord mitraillé par un bombardier allemand après avoir passé Boulogne, puis ralenti en raison des champs de mines. Il finit par couler, le 23 mai, après avoir été torpillé à 0h45 en face de Dunkerque par une vedette allemande (Schnell Boot S3 du Lieutenant Christiansen). Durant ce naufrage, Hervé Cras sauve son infirmier du bord, qui hélas ne survivra pas à ses blessures. 

Son courage et son comportement lui valent une citation de l’armée de mer et la croix de guerre avec palme. Les survivants seront récupérés par le patrouilleur Monique Camille. Il sera fait chevalier de la Légion d’honneur à la fin de la même année. 

Transporté à Dunkerque, il coule une deuxième fois le 4 juin à bord de l’Emile-Deschamps qui l’évacuait vers l’Angleterre avec une partie des rescapés du Jaguar, et qui explose à l’embouchure de la Tamise sur une mine magnétique. Grièvement blessé, avec une double fracture de la colonne vertébrale, il est hospitalisé à Londres pendant 4 jours avant de rentrer en France le 9 juin pour se faire soigner à Brest. 

Réaffecté à Toulon, il est apte de nouveau à embarquer fin 1940 et sert sur le contre-torpilleur Albatros. Il effectue une mission de 4 mois à Oran jusqu’à fin 1941, puis travaille à l’Hôpital Sainte-Anne de Toulon avant d’être nommé à Vichyen avril 1942 pour assurer le secrétariat particulier de l’amiral Auphan jusqu’à fin 1942. 

Médecin de l’inscription maritime à Dieppe (janvier 1943), médecin principal (octobre 1943), il donne aux Alliés des renseignements importants et participe à la libération du secteur militaire de Dunkerque en 1945, ce qui lui vaut une nouvelle citation ainsi que la Croix de Guerre avec Etoile de bronze. Il termine la guerre auprès des fusiliers marins au secteur maritime de Dunkerque.

Adjoint au chef du Service de santé des gens de mer en septembre 1945, il sert en Indochine à bord du porte-avionslArromanches entre 1948 et 1950. 

Médecin en chef de 2e classe (janvier 1951), il est affecté au Service historique de la marine à Paris de 1953 à 1965 en tant que Chef de la section « Etudes ». 

Il est promu médecin en chef de 1re classe en juillet 1957. Il sert encore sur le porte-avions Bois-Belleau en 1957 et sur l’aviso Commandant Bourdais en 1963 avant de quitter le service actif en 1969 pour devenir chef du Service « Etudes » du Musée de la Marine

Auteur d’une quarantaine d’ouvrages et d’une centaine d’articles dont la grande majorité sous le nom de Jacques Mordal (sauf mention contraire), Hervé Cras est un historien de réputation internationale apprécié pour la sûreté des informations qu’il puise aux meilleurs sources, sa grande objectivité et son style très vivant. L’Académie française lui remet le prix Général-Muteau (1949) pour La bataille de Dunkerque, le prix Albéric-Rocheron (1953) pour La bataille de Casablanca, et le grand prix Gobert (1959) pour La Marine française pendant la Seconde Guerre mondiale. Il reçoit aussi le grand prix de l’Académie de Marine, et devient membre de l’Institut d’études stratégiques de Londres et de l’Académie de marine allemande.

On lui doit en outre de nombreux articles publiés, entre autres, dans la Revue des Deux Mondes, la Revue maritime, la Revue Défense nationale, la Revue historique des armées ou encore dans les Écrits de Paris, ainsi que de nombreuses préfaces et de nombreuses participations à des ouvrages collectifs. 

Il est aussi le traducteur, entre autres, des Carnets secrets du général Patton (1975), de La Guerre sans haine d’Erwin Rommel (2 vol., 1952-1953), du Hitler chef de guerre de Gert Buchheit (1961) ou encore de Le téléphone rouge ne répond pas de Peter George (1966).

Sous le nom de Pierre Mardyck, Hervé Cras a également publié des articles d’opinion dans des journaux nationalistes comme Aspects de la France et Rivarol.

Il est mort à l’hôpital de Saint-Mandé en 1980 sans avoir eu le temps de finaliser un gros ouvrage sur l’Amiral Darlan.

Il est enterré au cimetière d’Ouville-La-Rivière en Seine-Maritime.

Publications

Ouvrages

  •  Jaguar, Chacal, Léopard, la 2ème division de contre-torpilleurs à Dunkerque (signé Hervé Cras), 1942
  • Ceux du Jaguar, 1942, signé Hervé Cras 
  • À la poursuite du Bismarck , 1948 
  • La Bataille de Dunkerque, 1948 – Prix Général-Muteau de l’Académie Française
  • La Campagne de Norvège, 1949 
  • Bir Hakeim, 1951 
  • La Bataille de Casablanca, 1952, Prix Albéric-Rocheron de l’Académie Française
  • Les Canadiens à Dieppe, 1952 
  • La Tragique destinée du Scharnhorst (avec Albert Vulliez), 1952 
  • (Traduit en anglais en 1958 par George Malcom sous le nom de Battleship Scharnost
  • Marine Indochine, 1953 
  • Cassino, 1953 
  • Les Forces maritimes du Nord (1939-1940), 1955, signé Hervé Cras 
  • Connaissez-vous Jean Bart ?, 1956 
  • La Marine à l’épreuve, de l’Armistice de 1940 au procès Auphan, 1956 
  • La bataille de Dakar, 1956 
  • La Marine française pendant la Seconde Guerre mondiale(avec l’Amiral Gabriel Auphan), 1958 – Grand Prix Gobert de l’Académie Française.
  • (Traduit en américain en 1959 par A.C.J. Sabalot sous le nom de The French Navy in World War II)
  • L’Armistice en juin 1940 et la crise franco-britannique, 1959, signé Hervé Cras 
  • Histoires de la flotte française de combat, 1959
  • Vingt-cinq siècles de guerre sur mer, 1959 (Traduit en anglais en 1959 par Len Ortzen sous le nom de Twenty-five centuries of sea warfare)
  • Narvik, 1960, préface du Général Weygand
  • Dunkerque, 1960 
  • Les Canadiens à Dieppe, 1962 (Traduit en anglais en 1963 par Mervyn Savill sous le nom de Dieppe : the dawn of decision
  • Hold-Up Naval à Granville, 1964 
  • La Bataille de France, 1944-1945, 1964 
  • Le drame de l’Invincible Armada, 1964 
  • Les Poches de l’Atlantique, 1965 
  • Héligoland, Gibraltar allemand de la mer du Nord, 1967, cartes de Roseline Cras
  • La Guerre a commencé en Pologne, 1968 
  • Dossiers de la guerre froide, avec Georges-André Chevallaz, Roger Gheysens, Jacques de Launay, 1969 
  • Versailles où la paix impossible, 1970 
  • Rommel (2 volumes), 1973
  • Histoire de la guerre sur mer, 1976, Editions Elsevier Séquoia Paris / Bruxelles
  • (en collaboration avec Lord Louis Mountbatten, Olivier Warner, Geoffrey Bennett,
  • Donald Macintyre, Frank Uligh, Desmond Wettern, Antony Preston) 
  • La Marine en bois (avec Luc-Marie Bayle, peintre de la Marine), 1978
  • Le Musée de la Marine (avec Luc-Marie Bayle, peintre de la Marine), 1980, Photographies d’Hervé Champollion – Rennes ; Ouest-France

Traductions

  • La Guerre sans haine d’Erwin Rommel (2 vol., 1952-1953)
  • Le drame de l’invincible Armada, d’Alexander MacKee, 1964
  • Le téléphone rouge ne répond pas, de Peter George, 1966
  • Hitler, chef de guerre (Hitler, der Feldherr), de Gert Buchheit, traduit de l’Allemand en 1967 avec Robert Delort
  • L’étrange voyage de Donald Crowhurst, de Ron Hall et Nicholas Tomalin, 1971
  • Pearl Harbor de Arthur James Barker, 1971
  • U-Boot, de David Mason, 1971
  • Carnets secrets, du Général Patton, 1975
  • Carlos l’Insaisissable, de Christopher Dobson, 1977

Préfaces et Introductions

  • Remagen. Le pont de la décision du Comte Michael Soltikow : Avertissement et texte sur Les alliés sur le Rhine, 1954 :
  • L’agonie de l’Allemagne 1944-1945, de Georges Blond, 1960
  • Histoire du débarquement, de John Frayn, 1960
  • Les marins de la « Tramontane », de Jean Meirat, 1960
  • Les grandes batailles navales, d’Olivier Warner, 1963
  • Maréchal Paulus, Stalingrad, de Walter Görlitz, 1963
  • Le drame de l’invincible Armada, d’Alexander McKee, 1964
  • Bataille de la Manche, bataille d’Angleterre, d’Alexander McKee, 1967
  • La passe de Kasserine, de Martin Blumenson, 1968

Nouvelles

  • La Dame de Bellengreville (non publié), 1945 ?

Fonds disponible au Service Historique de la Défense à Vincennes

Voir : Fonds Cras

Le fonds a été déposé au Service historique de la Marine en 1999 par le fils d’Hervé Cras, le Capitaine de Vaisseau (H) Bertrand Cras.

Le fonds (cote MV GG2 252) comprend principalement des manuscrits (47 articles ; 24 cartons) et a été classé en trois parties :

  •  La première partie concerne la correspondance personnelle : celle-ci est regroupée en deux ensembles, par personne pour les correspondants illustres ou réguliers, et par date pour les autres.
  • La seconde partie est constituée des manuscrits, notes et dossiers documentaires liés à l’œuvre d’Hervé Cras. Ces textes sont classés selon un ordre thématique et non chronologique. Quelques articles se trouvent également dans le dossier d’autorisation de publication, quand ils portent des annotations de la censure militaire. 
  • La troisième partie contient quelques photographies publiées dans des ouvrages de Jacques Mordal ou contenues dans ses correspondances.

Un certain nombre de dossiers paraissent particulièrement devoir retenir l’attention :

  • Le dossier concernant le procès de l’amiral Auphan, où l’on peut lire la déclaration faite par Hervé Cras et diverses reproductions de documents.
  •  Un papier concernant la défense de l’amiral Derrien par l’amiral Moreau.
  •  La correspondance et les notes de l’attaché naval en Espagne à l’amiral Auphan pour demander une attitude ferme du gouvernement français face aux violations par l’Espagne de sa neutralité.
  •  Les copies de la correspondance Auphan – Odend’hal et quelques copies de documents relatifs à l’amiral Auphan ou à la Marine sous le régime de Vichy.
  •  La correspondance avec le général Weygand, lecteur bienveillant des manuscrits de Jacques Mordal.
  •  La correspondance avec le stratège anglais Basil Liddell-Hart contenant les textes de plusieurs articles ou conférences rédigés par ce dernier.
  •  Le journal secret d’Hervé Cras (rédigé à la fin de la guerre) et les articles de Pierre Mardyck qui donnent des indications sur les convictions d’Hervé Cras, au moins durant les années quarante et cinquante.
  •  Les notes et dossiers documentaires qui servent à la rédaction des oeuvres principales de Jacques Mordal sur Dunkerque, les débarquements d’Afrique du Nord, les batailles de France.
  •  La correspondance avec les historiens américains Martin Blumenson, Samuel Eliot Morison et anglais Malcolm Saunders, homologues d’Hervé Cras dans leurs pays respectifs.
  •  La correspondance avec l’amiral Karl Dönitz, successeur d’Hitler comme Führer et Friedrich Ruge, ancien adjoint naval du maréchal Rommel, fondateur de la marine de République fédérale d’Allemagne, puis professeur d’université.

Un Répertoire numérique détaillé a été réalisé par A. Sheldon-Duplaix et G. Heurtebise, 1999, 33 p.

Pour le détail : Notice de l’inventaire.

Décorations et citations

5 juin 1940Croix de guerre avec palme, par ordre de l’Amiral commandant en chef les forces maritimes du Nord, « en raison de sa participation nuit et jour au sauvetage des blessés à bord du Jaguar, avec un courage, un sang-froid, un moral au-dessus de toute éloge, qui a provoqué l’admiration de tous ceux qui l’ont approché ».
28 déc. 1940Chevalier de la Légion d’Honneur (JO du 28/12/40).
15 nov. 1944Félicitations de l’Inscription Maritime du Havre pour son mépris du danger lors d’une opération de sauvetage de trois habitants de Varengeville-sur-Mer grièvement blessés à l’intérieur d’un champ de mines.
30 mars 1945Croix de Guerre avec étoile de bronze par ordre du Général De Gaulle, Président du Gouvernement Provisoire de la République Française, Chef des Armées.
23 sep. 1948Témoignage officiel de satisfaction du Ministère de la Marine Marchande, pour le zèle et le dévouement dont il a fait preuve au cours des trois années passées à la Direction des Gens de Mer en qualité d’Adjoint au Chef du Service de Santé.
11 nov. 1950 Officier de la Légion d’Honneur (JO du 9/12/50)
26 nov. 1969 Commandeur de la Légion d’Honneur – Ordre National du Mérite (JO du 9/12/69)

Généalogie

Grands parents paternels

Pierre Charles CRASMédecin en Chef de la Marine 1836-1889, Professeur à l’École de Médecine navale, Officier de la Légion d’honneur

M Claire Pauline Amélie ROBIN 1843-1938

Parents

Charles Ambroise Gabriel CRASMédecin Général de la Marine 1875-1959,  Commandeur de la Légion d’Honneur

Germaine Clémentine Isabelle LE FRANÇOIS 1889-1972

Épouses

Mariage le 8 septembre 1932 à Blois avec Geneviève (Nine) Dupont 1911-1960

Remariage en 1965 avec France Chabert (1918-2015)

Enfants

Roseline 1935-2018 épouse Chistian Larras

Dominique 1937 épouse Philippe Cosserat

Florence 1939 épouse Laurent Hallier

Bertrand 1942-2014 épouse Claude Faure

Xavier 1943 ép. Nathalie Méneur, ép. Sophie-Charlotte Gangneux, ép. Chantal Péters

Arnaud 1946 épouse Jenny Rowland, séparé, en partenariat avec Iolanda Herron

Frères et sœurs

Michel 1909-1962, Dominicain

Isabelle 1912, épouse Laurence, épouse Jean de Foucauld

France 1914-1991 épouse Roger Bousquet

Christine 1917-2008 épouse Pierre Maisondieu

Benoît 1929-2001 épouse Roseline Baudot

Oncles et tantes paternels

Charlotte Amélie Marie 1865-1865

Marie Amélie Pauline1866-1929

Amélie Fernande Victorine 1868-1936 épouse Paul Hallot

Gabrielle CRASArtiste Chanteuse Classique 1870-1954, épouse Louis de Fourcaud,

×       2 enfants (Giselle 1903-1987, épouse Claude Laurens, et Jacques 1904-1932)

Mathilde Eugénie CRAS 1872-1934 

Pauline Juliette M CRAS 1875-1948 

Émile-Jean CRASContre-Amiral (**) 1879-1932, épouse Isaurette Paulette, 4 enfants 

×      Isaure 1907 épouse Tardy

×      Colette 1908-1953 épouse Alexandre Tasman en 1937, 2 filles Mireille et Marianne

×      Monique 1910

×      Jean-Pierre 1918

Pierre Charles Jean CRASCapitaine de Corvette (III-I)1885-1968

Oncles et tantes maternels

Madeleine 1891 épouse Pierre Charles Jean Cras

Jean 1889-1979

Suzanne 1892-1978 épouse Robert Dillard

  1. Voir « Ceux du Jaguar » d’Hervé Cras, et « Médecins au combat » de Marc Flament, Paris, Pygmalion, 1986 p.13-16. ↩︎

Hommages

Allocution de l’Amiral Auphan lors de la messe pour le repos de l’âme d’Hervé Cras

Paris, église ND de Grâce de Passy
7 novembre 1980

(à partir du manuscrit de l’amiral)

Chère France,
mes chers cousins et cousines,

Ce n’est pas seulement à titre de parent partageant la douleur familiale que je m’adresse à vous, mais il m’a semblé qu’une voix, si modeste soit-elle, manquerait à notre deuil si je ne venais rendre hommage ici, dans cette paroisse qui fut la sienne, à tout ce qu’Hervé Cras a été pour moi dans un attachement sons faille et à l’œuvre importante, malheureusement inachevée, que nous laisse son passage sur cette terre.

Quand je suis entré au Borda en 1911, il fallait avoir un correspondant à terre. Ce fut pour moi le jeune foyer du médecin de marine Charles Cras, dont le père était déjà réputé dans la même vocation. Hervé, lui-même futur médecin de marine, venait d’y naître. Avec son père et ses oncles, dont l’amiral Cras, plus tard avec Hervé lui-même, compte tenu du décalage d’âges, nos carrières dans la Marine se sont côtoyées jusqu’à se joindre au temps des épreuves, si bien que, de près ou de loin, je l’ai suivi du berceau à la tombe. 

D’autres rappelleront ce qu’a été sa carrière active, fruit d’une longue hérédité maritime et des dons de l’intelligence et du coeur que le Seigneur a toujours généreusement dispensés aux Cras et dont l’héritage, confié maintenant à la génération montante, est plus nécessaire que jamais à notre Temps.

Pour ma part, avant que ma voix ne s’éteigne, je tiens à témoigner que Hervé Cras, deux fois coulé à Dunkerque en 1940 et grièvement blessé dans des conditions qui ne sont peut-être pas étrangères à sa fin prématurée, a incarné la vertu qui est sans doute la plus caractéristique de la Marine, la fidélité dans un dévouement total.

En plus des travaux et des recherches que la Marine lui a confiés, la passion de la vérité lui a fait publier plus de vingt volumes et une multitude d’articles qui, sans lui, auraient manqué à l’éclairage des événements qui ont pesé sur notre génération et qui lui ont valu, en Amérique, en Allemagne, en Angleterre une réputation internationale qui a rejailli sur l’institution tout entière. 

Au XVIIe siècle , à ceux de son temps qui, à cause de leurs péchés, étaient tentés de désespérer de jamais atteindre leurs fins dernières qui ne sont pas moins que l’union à Dieu pour l’éternité, saint François de Sales, le meilleur peut-être des guides spirituels, confiant dans la grâce divine, répondait : « Encore que je me sente misérable, je ne me trouble pas, sentant que je suis une vraie bonne besogne pour la miséricorde de Dieu ». Que cette confiance nous soutienne comme elle l’a soutenu.

À Solesmes, où ses parents s’étaient fixés à la fin de leur vie, Hervé a pu entendre chanter les moines de l’abbaye.
« Seigneur, dit un des psaumes de l’Office de Prime, qui habitera sous votre tente ? c’est-à-dire, derrière l’image hébraïque, qui sera avec vous au Ciel ? ». C’est, répond le psalmiste inspiré, « celui qui pratique la justice, qui dit la vérité dans son coeur, qui ne calomnie pas avec la langue ». (Ps 14).

Ce verset de psaume pourrait servir de guide ou de devise aux historiens des temps difficiles. Aucune œuvre ne mériterait mieux cette citation que celle, véridique et pensée avec bienveillance, de notre très cher Hervé. 

Hervé Cras, notre ami hommage par Luc-Marie Bayle

paru dans la revue « Cols Bleus »
15 novembre 1980, page 24


Tout petit, j’entendais chez moi des histoires concernant la Marine et d’où surgissait bien souvent le nom de cette extraordinaire famille Cras, famille de marins et d’artistes, de savants et de médecins, poètes, dessinateurs, mathématiciens, musiciens, entre autres ce commandant, puis amiral Jean Cras, l’inventeur de la règle, le compositeur du « Polyphème » joué pour la première fois à l’Opéra-Comique en décembre 1922… C’était l’oncle d’Hervé.

Hervé Cras, médecin de Marine, et déjà célèbre historien maritime sous le nom de Jacques Mordal, j’ai fait vraiment sa connaissance en 1958 au Service Historique de la Marine où il fut mon professeur et très vite mon ami.

Du médecin de Marine, je ne sais pas grand chose à part son entrée à l’Ecole de Santé navale à Bordeaux en 1928, puis ses faits d’armes pendant la guerre, ses embarquements au cours de la bataille de Dunkerque où il fut blessé et fit par deux fois son trou dans l’eau, torpillé avec le Jaguar d’abord le 23 mai 1940, et sautant sur une mine deux semaines plus tard avec le dragueur Emile Deschamps…, puis son action dans un réseau de renseignements sur les côtes de la Manche et son rattachement aux fusiliers marins devant Dunkerque à la fin de la guerre.

Certes il était médecin, mais il l’avait presque oublié et n’y faisait guère référence, surtout pas en ce qui concernait son propre état de santé qu’il qualifiait de joyeusement délabré et qui paraissait être – hélas – le dernier de ses soucis… Cela il ne voulait pas le savoir et son moral restait d’acier.

Non, lui, sa passion c’était l’histoire, l’histoire maritime, pas seulement celle qu’il avait vécue pendant la dernière guerre mais aussi celle de la marine de tous les temps.

Son long séjour au Service Historique de la Marine lui avait donné accès aux sources de renseignements de premier brin que sa bonne connaissance de l’allemand lui permettait de recouper avec ceux des services… d’en face. Aidé en cela par une assez prodigieuse mémoire, un profond sens marin et un bon sens tout bonnement hors de pair, il put écrire une longue série de plus de vingt-cinq livres dont les titres sont dans la mémoire de ceux pour qui l’histoire maritime est la base même, comme elle le devient de plus en plus, de l’histoire et du devenir du monde : « Dunkerque », « A la poursuite du Bismarck », « Bir-Hakeim », « Cassino », « 25 siècles de guerre sur mer », « Narvick »,… pour ne citer que quelques-uns d’entre eux.

Hervé Cras était de longue date un ami personnel de l’amiral américain Morison, le célèbre historien maritime. Il était membre de l’Institut britannique pour les études stratégiques depuis 1959 et membre de l’Académie de Marine allemande, dont il y a huit jours à peine, il recevait à l’hôpital le président qui avait tenu à le voir, ce vice-amiral Ruge, ancien chef d’Etat-Major de la Marine allemande, celui-là même qui, pendant la guerre, avait mis au point les mines magnétiques sur lesquelles l’Emile Deschamps avait sauté à Dunkerque ! Ah ! cette mer qui nous unit…

Hervé Cras… ses proches, ses innombrables amis, la Marine, le Musée, « Cols Bleus » le pleurent. Son séjour au Musée de la Marine a été un extraordinaire enrichissement pour cette maison dont il a été pendant huit ans le plus avisé et le plus impartial des conseillers.

Hervé Cras, c’était la gaieté, la fantaisie, la courtoisie même, et toujours la bonté totale, en profondeur comme en surface. Son caractère qu’il avait grand, et pas toujours commode car il ne pouvait imaginer de transiger avec la vérité -, son inaltérable probité intellectuelle, sa fidélité aussi aux chefs qu’il connaissait bien et auxquels il ne pouvait cesser d’accorder la confiance qu’il avait mise en eux en dépit du verdict des armes et des avatars politiques, tout cela ne pouvait aller sans obstacles… Mais il avait avant tout le courage de ses opinions. Cela n’est pas forcément donné à tout le monde, et c’est probablement une des raisons pour lesquelles je l’admire le plus. Kipling nous a bien dit cela : c’était un homme, mon fils !

Au revoir, Hervé. Je t’aime pour nous avoir toute ta vie donné la plus noble des leçons : avoir un cœur et savoir s’en servir.

Luc-Marie BAYLE

Images

À Arques-la-Bataille, chez le père de Nine, vers 1932 

Mariage à Blois, 8 septembre 1932

Documents

Le docteur Hervé Cras à la bataille de Dunkerque

Extrait de « Médecins au combat » de Marc Flament
Paris, Pygmalion, 1986, pages 13-16 



(p 13)
— Merde, cette fois ça y est, on coule !
Une nouvelle explosion vient de secouer le contre-torpilleur Jaguar. Toutes les lumières se sont éteintes d’un seul coup, et le médecin de 1re classe Hervé Cras, qui a soigné deux heures plus tôt plusieurs matelots blessés lors d’une attaque aérienne, gagne le pont à tâtons.
Ce jeudi 23 mai 1940, la débâcle des troupes se poursuit dans le Nord de la France. Droit devant le navire, c’est Dunkerque et le rougeoiement des réservoirs à mazout en feu, dans la nuit.
Malgré les dégâts, c’est le calme à bord du Jaguar frappé à mort. La gîte n’est pas encore importante, une énorme colonne de vapeur s’élève à l’aplomb de la cheminée n°1. Le docteur Cras traverse ce nuage opaque et brûlant pour aller au secours de ses blessés installés à l’infirmerie et dans le poste avant.
Le Jaguar s’incline de plus en plus. Parvenu tant bien que mal à l’entrée d’une coursive, le médecin ne trouve qu’un amas de 

 
(p 14)
ferraille. L’accès est impraticable. En rampant, il atteint pourtant le panneau du poste. L’échelle a disparu, le poste de T.S.F. est en miettes.
Le médecin fait l’appel des blessés qui apparaissent l’un après l’autre. Il en manque un, pulvérisé en même temps que le poste de T.S.F. Puis Cras regroupe les deux médecins auxiliaires, jeunes élèves de l’école de Bordeaux, expédiés en renfort à Dunkerque. Pleins de sang-froid, ils prennent en charge les blessés et s’occupent de les transborder sur la Monique Camille, un dragueur venu immédiatement à bâbord pour porter secours.
— Filez ! lance Cras. Moi, je vais chercher mon infirmier. Personne ne l’a vu…
Maintenant, le Jaguar s’incline dangereusement. Le médecin trouve une lampe torche, tente de gagner la coursive de l’infirmerie dont la partie avant est demeurée intacte. Sur l’arrière, tout est détruit. Son infirmier, le second maître Grappe, reste introuvable.
Arrivé sur le flanc de la brèche immense découpée dans la coque, le médecin appelle encore, s’obstine et, soudain, une faible réponse lui parvient :
— Je suis là dans l’eau, mais je ne peux pas bouger. J’ai les jambes cassées. Venez vite, docteur !
On parvient à dégager l’infirmier. Transporté à bord de la Monique Camille, il mourra malheureusement une heure plus tard…
Vers 5 heures du matin, le médecin Hervé Cras débarque ses blessés rescapés à Dunkerque. Il pense que, pour eux, tout danger est maintenant écarté.
Le 27 mai au matin, le bombardement de Dunkerque commence. Il durera quatorze heures : quinze mille bombes de tous calibres seront larguées, dont beaucoup d’incendiaires et toute la ville flambe. Dans la caserne Ronarc’h, auprès de son camarade Bacquet, médecin-major de la Marine, Cras soigne les blessés qui affluent trois cents, cinq cents, aussitôt remplacés par d’autres qui se pressent en un flot continu.
— Évacuez vos blessés sur Zuydcoote ! lui dit-on. Cela fera un peu de place ici…
Des camions les embarquent, mais il n’y a bientôt plus de véhicules. Cras s’élance alors dans les rues avoisinantes, en trouve un. Hélas, il est en panne. Il le fait réparer, rentre entre deux murs de flammes à Ronarc’h. Les blessés s’empilent en couches superposées sur la plate-forme du camion. Le poste de secours est menacé par le feu, les étages supérieurs ne vont pas tarder à s’effondrer.
— Allez, en route, on fonce !
Impossible de traverser Dunkerque et Malo, le camion prend la route qui longe le canal de Furnes et quitte la ville par le 
 

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quartier de la gare en flammes. Partout des incendies, des cadavres d’hommes et de chevaux… Des files lamentables de civils, vieillards, femmes, enfants fuient la ville. Vers 8 heures du soir, le médecin arrive enfin à Zuydcoote et son camion se met à la queue des ambulances qui attendent déjà depuis des heures aux portes de l’hôpital.
Bâti en lisière des dunes, le sanatorium de Zuydcoote accueille depuis le vendredi 10 mai les blessés de Maubeuge et d’Arras, puis ceux de Belgique, enfin tous ceux qui affluent de Cassel et de Dunkerque. Après le 22 mai, toutes les formations sanitaires rescapées de la 1re armée s’y installent avec leurs véhicules et leur matériel, en particulier l’Hôpital Ordinaire d’Évacuation n° 14 (H.O.E. 14), ainsi que de nombreuses ambulances médicales et chirurgicales, compagnies auto-sanitaires, groupes sanitaires divisionnaires et divers services de Santé régimentaires.
Malheureusement, les moyens manquent. Dignes successeurs de leurs aînés de 14-18, les médecins militaires réalisent cependant l’impossible, sous les bombes et les obus. Trois équipes chirurgicales opèrent jour et nuit par roulement, dans huit blocs opératoires. Les immenses bâtiments étant pleins, des tentes sont dressées sur la pelouse. Dans la salle de triage, établie dans le grand amphithéâtre, sept cents à mille blessés attendent en permanence.
— Les blessés légers seront évacués par les navires.
— Et les autres ?
— Nous ferons ce que nous pourrons…
A Zuydcoote, dix mille blessés français, britanniques et allemands seront ainsi soignés et mille tombes nouvelles s’ajouteront d’un seul coup au cimetière de cette petite station balnéaire.
De retour à Dunkerque, qui continue de brûler, Hervé Cras rencontre un camarade qui lui annonce :
— Il paraît qu’on embarque ce soir sur l’Émile Deschamps, quai Félix Faure ou au quai d’Armement.
Le médecin se réjouit déjà à l’idée d’échapper au piège de Dunkerque, quand un autre ajoute :
— L’Émile Deschamps est une affreuse hourque ! C’est le frère du Saint-Philibert, celui qui a fait naufrage en 1931 à l’embouchure de la Loire parce qu’il était trop chargé !
L’Émile Deschamps risque fort de l’être aussi : avec les survivants du Jaguar doivent embarquer également les gens des transmissions et plusieurs autres équipages privés de bateaux, sans compter tous ceux qui cherchent à fuir par n’importe quel moyen.
L’embarquement se fait à 20h30. Les trois cent cinquante hommes qui devaient monter à bord sont au moins cent de plus, il y a même quelques femmes et un bébé.
— Larguez les amarres !
L’Émile Deschamps appareille et se fraye un passage au milieu 

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des épaves qui forment un véritable cimetière marin aux abords du port. La nuit tombe. On mouille, on repart, la navigation dans le Channel n’a jamais été si intense, des centaines de navires de tout tonnage, torpilleurs, cargos, barques de pêcheurs, font la navette dans ce pas de Calais parsemé de mines magnétiques.
Le mardi 4 juin 1940, le médecin Cras redescend de la passerelle. Il est 6 heures. Le navire est devant North Foreland, à six milles environ de Margate. Soudain un choc d’une violence inouïe frappe l’Émile Deschamps. Une énorme gerbe grise jaillit et retombe. En quelques secondes le navire a disparu.
Bien que blessé, Hervé Cras nage vigoureusement au milieu des débris. On le repêche et on le déshabille, car il est couvert de mazout.
En Angleterre, les nouveaux débarqués sont soigneusement filtrés de crainte de voir se glisser parmi eux des membres de la 5e colonne.
— Je suis médecin, affirme Cras.
— Ah, oui ? Prouvez-le !
— J’ai perdu mes papiers…
— Alors donnez-moi le nom de cet os du crâne…
Il s’agit d’un os minuscule que seul un médecin peut connaître. Cras s’exécute, on examine enfin sa blessure : 
— Vous avez une belle entorse. C’est tout.
Après un séjour de deux semaines en Angleterre, Cras rentre en France et cherche à rallier Brest pour se faire soigner. En plus de son entorse, il a une double fracture de la colonne vertébrale !
L’autocar qui le transporte est stoppé à un contrôle. Il n’a toujours pas de papiers. Heureusement, Cras aperçoit un de ses anciens matelots parmi les passagers du car :
— Tu me reconnais ?
— Bien sûr ! Que faites-vous ici ?
— Je te raconterai plus tard. En attendant, dis à ces messieurs qui je suis.
— Mais c’est notre toubib, voyons !
Le médecin pousse un soupir de soulagement. Après deux naufrages successifs, il redoute presque autant de perdre son identité que sa vie.

Dictionnaire des Marins français

par Etienne TAILLEMITE

Paris, Éditions maritimes et d’Outre-mer, 1982

CRAS (Hervé-Pierre-Gabriel, dit Jacques MORDAL) 

Neveu du précédent, né à Evreux le 7 août 1910, fils du médecin général Charles Cras (1875-1959), il suivit la carrière paternelle et entra en octobre 1928 à l’École de santé navale de Bordeaux. Médecin de 2° classe en décembre 1930, il embarqua en 1934 sur l’aviso Ailette.

Médecin de 1e classe en mars 1935, il servit en escadre de l’Atlantique sur les contre-torpilleurs Audacieux et Terrible (1935-1937). Passé en 1939 sur les bâtiments de ligne Dunkerque et Strasbourg, il fut affecté en avril 1940 sur le contre-torpilleur Jaguar. Envoyé à Dunkerque pour y participer à la défense, ce bâtiment fut torpillé et coulé le 23 mai par une vedette rapide allemande. 

Transféré à Marine Dunkerque, Cras prodigua ses soins aux nombreux blessés et sa conduite, sous des bombardements incessants, lui valut une citation à l’ordre de l’armée de mer. Embarqué le 4 juin sur l’Émile Deschamps lors de l’évacuation du port, il sauta avec ce navire sur une mine magnétique et fut gravement blessé lors de ce second naufrage. 

Évacué sur l’Angleterre, il rentra en France pour embarquer en décembre 1940 sur le contre-torpilleur Albatros. Après un séjour à Oran puis à l’hôpital Sainte-Anne de Toulon en 1941, il fut nommé à Vichy au cabinet de l’amiral Auphan, Secrétaire d’État à la Marine, en avril 1942. 

Médecin de l’Inscription maritime à Dieppe en janvier 1943, promu médecin principal en octobre suivant, il fournit aux Alliés des renseignements qui justifièrent une nouvelle citation et termina la guerre avec les fusiliers marins au secteur maritime de Dunkerque. 

Adjoint au chef du Service de santé des gens de mer en septembre 1945, il embarqua en octobre 1948 sur le porte-avions Arromanches avec lequel il fit une campagne de deux ans en Indochine. 

Médecin en chef de 2e classe en janvier 1951, il servit à Paris au Service historique de la Marine. Médecin en chef de 1e classe en juillet 1957, il quitta le service actif en septembre 1969 et devint alors chef du Service des Études au Musée de la Marine. 

Une vocation d’historien née pendant les jours tragiques de Dunkerque amena Hervé Cras à publier, sous son nom ou sous le pseudonyme de Jacques Mordal, une œuvre considérable consacrée en majeure partie à la seconde guerre mondiale, dans laquelle la sûreté d’une information puisée aux meilleures sources s’allie à une grande objectivité et à un style très vivant. 

Parmi ses travaux, il faut citer : La 2° division de contre-torpilleurs à Dunkerque (1942), La campagne de Norvège (1949), A la poursuite du BismarckLa bataille de Dunkerque (1948), Bir Hakeim (1951), La Bataille de CasablancaLes Canadiens à Dieppe (1952), Marine Indochine (1953), Les forces maritimes du Nord (1955), La marine à l’épreuve (1956), La Marine française pendant la seconde guerre mondiale (1958 avec l’amiral Auphan), L’armistice de juin 1940 et la crise franco-britannique 1959), Narvik (1960), La guerre a commencé en Pologne (1968), Versailles ou la paix impossible (1970). 

Il s’est aussi intéressé à des périodes plus anciennes dans Connaissez-vous Jean Bart ? (1956), Vingt-cinq siècles de guerre sur mer (1959), La marine en bois (1978 avec L. M. Bayle). 

Historien de réputation internationale, titulaire du prix Gobert de l’Académie française, du grand prix de l’Académie de marine, membre de l’Institut d’études stratégiques de Londres et de l’Académie de marine allemande, Hervé Cras est également l’auteur de très nombreux articles parus dans la Revue des Deux mondes, la Revue maritime, la Revue de Défense nationale, la Revue historique de l’armée, les Écrits de Paris, etc. 

Il est mort à Paris le 2 novembre 1980 au moment où il achevait un gros ouvrage sur l’amiral Darlan.